2020 – janvier-février (4 séances) – au Cinéma Parvis Méridien de Tarbes
1 A B C D E, 1 STI2D 3, 1 STD2A, T L, T ES1, T ES2

Par Léa Mallet [maj 12/03/2020]

Plus de 200 élèves du lycée Jean Dupuy sont récemment allés voir J’accuse, nouveau film du réalisateur franco-polonais Roman Polanski, sorti en salles françaises le 13 novembre 2019. Adaptation cinématographique du roman D. écrit par Robert Harris, le film se place dans le contexte de la troisième République (1870-1940) et plus précisément durant les 12 années qui ont déchiré la France lors de l’affaire Dreyfus (1894-1906). Mêlant scandale, antisémitisme, erreur et déni judiciaire l’histoire est racontée du point de vue du lieutenant-colonel Picquart, chef du Contre Espionnage de l’armée française, qui tente et parvient finalement à faire éclater la vérité en démêlant les mystères enfouis.

Le choix du réalisateur

Roman Polanski n’est pas le seul à avoir mis en scène l’affaire Dreyfus. Avant lui, nombreux sont les créateurs d’autres films à s’y être attaqués, mais tous ont placé Albert Dreyfus au centre de leur récit. En adaptant fidèlement le roman de Robert Harris, Roman Polanski a donc fait le choix d’un angle différent : il met de côté la récitation tragique et mélodramatique maintes et maintes fois vue, pour innover et nous offrir un nouveau regard à travers l’avancée de l’enquête de Picquart, remarquablement interprété par Jean Dujardin. Antisémite, ce personnage apparaît à l’écran comme sobre mais malgré tout déterminé à faire éclater la vérité. Il met de côté ses convictions et se laisse guider par sa conscience morale et professionnelle, ce qui le mène à innocenter Dreyfus envers et contre tout. Obstiné à faire la lumière sur toute l’histoire malgré les divers refus de ses supérieurs, il évolue dans un univers où règnent complots et secrets d’États ne devant absolument pas être révélés après l’humiliation et le traumatisme de la défaite de la guerre franco-prussienne faisant de la France un pays revanchard. Malgré tous les risques qu’il prend, Picquart va rester honnête et courageux jusqu’à la fin des procès.

Un thriller historique haletant

J’accuse retraçant une histoire réelle, mais surtout, une période historique maintenant étudiée et ayant eu un grand impact à l’époque, il peut être considéré comme un film historique. Cependant, c’est également une sorte de thriller et je parlerais même peut-être d’un film d’espionnage.

Parlons donc du début, et quel début pertinent ! En commençant le film par la dégradation du capitaine Dreyfus dans la cour de l’École militaire à Paris, nous sommes directement plongés dans l’action et l’ambiance du film. Dans la première partie, au fur et à mesure de l’avancée de l’enquête menée par le lieutenant-colonel Picquart, le scénario instaure une certaine tension, je dirais même une certaine paranoïa lorsqu’il commence à être suivi. Et comme cette enquête prend du temps, le rythme du film monte crescendo, il nous tient en haleine entre mystères et retournements de situations, entre intérêts de l’Armée et opinion publique qui se font face.

La deuxième partie introduite par la publication du célèbre article de Zola intitulé J’Accuse…! est à mon sens l’apogée du film. On y fait premièrement le rapport avec le titre. Mais surtout, on est plongés dans l’effervescence des rues où le peuple, majoritairement antisémite, s’exprime ouvertement et parfois violemment. En parallèle, on assiste à l’inquiétude des hommes des hautes sphères de l’armée et du pouvoir civil, tous mis en danger par la publication de ce texte. Les scènes de procès sont tout aussi impactantes. On peut y remarquer les différents mécanismes et complots de l’affaire, qui paraissent grossiers tant ils sont ridicules et qui pourtant ne sont pas remarqués et pris en compte (volontairement bien-sûr) par la Justice.

L’aspect thriller ne faiblit pas grâce une scène d’assassinat et de course poursuite rendant le film haletant tout du long alors qu’il dure plus de deux heures !

Aller voir le film ou plutôt lire le roman ?

Je ne peux conclure cette critique sans faire état du débat soulevé par la récente polémique entourant Roman Polanski. Accusé depuis 1977 d’abus sexuel sur Samantha Gailey, âgée de seulement 13 ans à l’époque, de nombreuses autres accusations ont suivis. Entre 2010 et 2019, 11 nouvelles femmes ont témoigné avoir subi, elles aussi, des violences sexuelles de sa part, et c’est donc au total 12 victimes présumées que nous comptons aujourd’hui, pour la majorité mineures au moment des actes.

On pourrait ainsi aller jusqu’à se poser la question : l’idée du réalisateur n’était-elle pas d’instrumentaliser l’affaire pour son propre intérêt ? Dreyfus, juif accusé par tous de haute trahison et finalement innocent ; Polanski, accusé par tous de multiples viols sur mineures et tentant de faire croire à son innocence. Ce filmserait donc une manière pour lui de clamer qu’il n’est pas coupable face aux accusations, laissant tout de même une majorité dubitative.

D’autre part, l’annonce de la nomination dans 12 catégories lors des Césars 2020 divise français et monde du cinéma, provoquant colère et indignation, d’autant plus lorsque Polanski se voit remporter le César du meilleur réalisateur au cours de la 45ème cérémonie du vendredi 28 février dernier : prestigieuse distinction qui n’a pas aidé à calmer le jeu. Au contraire des Césars de la meilleure adaptation filmique et des meilleurs costumes (décerné à Pascaline Chaval pour J’accuse), le choix des jurys d’avoir distingué le réalisateur a réactivé la controverse et a même poussé certaines professionnelles du cinéma présentes comme la comédienne Adèle Haenel et la scénariste Céline Sciamma à quitter la cérémonie, manifestant leur dégoût en qualifiant cette récompense de honteuse.

Dans ces circonstances, la question du « boycott » de ce film si controversé se pose… Alors que certains choisissent de dissocier l’artiste de la personne d’autres sont catégoriques et préfèrent ne pas le regarder ou optent pour la lecture du livre ou le streaming.