2019 – vendredi 11 janvier 2019 à 9h30 – au Cinéma Parvis Méridien de Tarbes
1 LES, 1 S1, groupe 1 ES, T L

Par Nolwenn Lorand [maj 17/10/2019]

Le film Sa majesté des mouches est une œuvre réalisée par Peter Brook, sortie en salle pour la première fois en 1963. Il est l’adaptation du roman du même nom, de Golding, publié en 1954. Dans le contexte de la « guerre-éclair » (bombardement de Londres par l’armée allemande pendant la seconde guerre mondiale, dans les années 1940-1941), des enfants britanniques sont envoyés sur une île déserte où ils se retrouvent malencontreusement seuls suite à la disparition du pilote de l’avion. Se pose alors la question de comment ils vont survivre. Vont-ils recréer la société de leurs parents ? Ou créer leur propre société ?

Les choix du réalisateur

Sa majesté des mouches a été fait avec un petit budget de 150 000 dollars. Il a demandé un casting de 3 000 enfants, 60 heures de rushes pour garder de 1h26 de film et un an de montage. Il a demandé beaucoup de travail pour les enfants choisis qui ont dû passer leurs vacances d’été sur une île afin de vivre à la sauvage et de mieux rentrer dans leur rôle. Ils étaient tellement dans leur rôle que le jeune acteur jouant le personnage de Piggy (l’un des personnages principaux de l’intrigue) a vraiment cru qu’il allait mourir en même temps que son personnage dans le film !

Peter Brook a fait le choix du noir et blanc à une époque où la couleur existait déjà au cinéma. Peu onéreux, le noir et blanc permet d’affirmer une volonté de rupture avec les grands films pseudo-lyriques en vogue dans les années 60. Ce parti pris artistique est au service de la captation quasi-photographique du réel – conférant un aspect documentaire à cette œuvre de fiction réalisée par ce grand metteur en scène de théâtre.

L’impact visuel et sonore de l’œuvre

Dès le générique fait à partir d’images fixes photographiques animées notamment par des mouvements de caméra, la réflexion esthétique de Peter Brook s’impose au regard des spectateurs. Nous pouvons remarquer le grain des images – qui traduit la matérialité de ce qu’elles représentent. L’élément « matière » est essentielle dans cette œuvre. Nous le retrouvons tout au long du film, avec de superbes plans sur les nuages, les rochers…

Les images du film sont également animées par les sons tels que le battement de tambour, annonciateur des événements funestes qui se produiront dans l’histoire…

La représentation de la déchéance annoncée

La déchéance est dans ce film un enjeu majeur, nous la retrouvons dans chaque scène ou action. Elle est représentée de nombreuses façons.

– Tout d’abord dans les vêtements, très importants car ils renvoient à la condition sociale. Déchirés, ils symbolisent la perte de la sociabilité. Jusqu’à ce qu’ils disparaissent lorsque les enfants, réduits à l’état de nature, finissent nus avec juste de la peinture sur le corps. Au début du film également quand les enfants du groupe de Jack (Antagoniste du film) retirent leurs capes, nous devinons qu’ils se défont d’une partie de leur humanité. Et ils deviennent en effet, plus tard, des monstres tueurs…

– En parallèle, les bruits récurrents de mouches et leur présence sur la tête décapitée du cochon sont une représentation de la décomposition de la société pour laisser place à la bestialité.

– Et enfin la mort violente de Piggy et Simon confirme la perte de l’intellect et de la sagesse.

Ce film, à l’action calme et réfléchie montre, en profondeur et grâce à la force de ses images, une implacable et impressionnante violence , à laquelle j’ai été particulièrement sensible.