Vu en 2018 –  Mizrahi, Moshé. La vie devant soi, 2009. 1h35.

Par Alice Mouneu [maj 28/01/2019]

Adapté du roman du même nom d’Emile Ajar, publié en 1975, La vie devant soi a été réalisé en 1977 par Moshé Mizrahi, réalisateur et scénariste israélien. Au centre de l’histoire se trouve Momo, un jeune musulman d’une quinzaine d’années, élevé par une vieille dame juive au sixième étage d’un immeuble sans ascenseur, dans un quartier pauvre de Paris. Cette vieille dame, c’est Madame Rosa. Survivante de l’holocauste et ancienne prostituée reconvertie en « nounou pour enfants de putes », elle héberge chez elle jusqu’à une dizaine d’enfants dont Momo, qui occupe une place particulière dans sa vie : elle est la seule à détenir le secret de son identité.

Un film émouvant

Sans père, sans mère et sans identité, c’est à Madame Rosa que Momo peut donner tout son amour… Mais cette dernière est très malade et, son état se dégradant, plus aucun enfant ne lui est confié. L’argent vient à manquer, d’autant que les parents de Momo cessent brusquement de payer la nourrice. Le jeune garçon, devenu indispensable, refuse de l’abandonner et décide de rapporter son propre revenu au foyer.

Dans le rôle de Madame Rosa, Simone Signoret interprète un personnage dévoué et aimant mais surtout esseulé. Ainsi la vieille dame s’attache-t-elle à Momo plus qu’elle ne le devrait et devient pour le garçon une figure aliénante… presque malgré elle. Pour son interprétation juste et touchante, Simone Signoret a reçu à l’âge de cinquante sept ans l’Oscar de la meilleure actrice.

Une adaptation (trop ?) fidèle du roman

Moshé Mizrahi, le réalisateur, reste très proche des personnages initiaux et respecte parfaitement dans son film la chronologie du roman. Sous la plume d’Emile Ajar, le narrateur, incarné par Momo, fait lui-même le récit de sa vie… sans établir de lien logique entre les faits. La conservation de ce procédé qui, dans le roman, ajoute en authenticité, rend à l’écran l’histoire un peu confuse : on ne comprend véritablement qu’à la fin qu’il s’agit du récit du petit garçon. Peut-être aurait-il été intéressant d’ajouter une scène d’introduction ?

Par ailleurs, certaines scènes un peu fantaisistes du roman ont été supprimées. Ce choix permet certes de conserver le réalisme du film mais d’un autre côté affaiblit, me semble-t-il, la dimension comique du roman d’Emile Ajar.

Ainsi Moshé Mizrahi semble avoir privilégié la carte de l’émotion. Malgré quelques aspects un peu décevants, son film, qui a obtenu l’Oscar du meilleur film en langue étrangère en 1978, reste à mon sens une belle réalisation.